Repères - n°24 / Février 2015 - Le magazine de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire - (Page 20)

EN DÉBAT Les élus sont-ils prêts à gérer le post-accident ? Retour d'expériences. Comment gérer un territoire contaminé à la suite d'un accident nucléaire ? Comment s'y préparer ? Shoji Nishida, maire de Date, ville située à 60 km de Fukushima-Daiichi (Japon), et Jean-Pierre Charre, qui a administré une commune localisée à 3 km du site de Marcoule (Gard), partagent leurs expériences. À RETENIR ■ Il est indispensable pour les élus de se préparer à l'idée d'un accident nucléaire, même si de nombreuses mesures sont prises par les exploitants et les autorités pour l'éviter. ■ Être à 60 km d'une centrale limite le risque mais ne l'exclut pas. ■ Des réflexions sur la gestion postaccidentelle sont menées en France depuis une dizaine d'années. L'Association nationale des comités et commissions locales d'information (Anccli) et l'IRSN ont engagé une sensibilisation des acteurs locaux à cette question (lire article p. 9). " En tant qu'élus de communes proches de sites nucléaires, avez-vous été préparés à la gestion post-accidentelle ? Shoji Nishida : Avant l'accident de mars 2011 survenu à la centrale de Fukushima-Daiichi, nous n'avions eu aucune préparation. Les communes situées à proximité plus immédiate du site n'en avaient pas davantage. Elles ne disposaient même pas de programme d'évacuation. Avant la crise, l'État, la société Tepco et les maires japonais avaient convaincu les habitants en leur assurant que "les centrales à énergie atomique étaient absolument fiables". Des propos d'une absurdité totale. C'est un mythe, "le mythe de la parfaite sécurité", qui n'existe absolument nulle part dans le monde. Nous autres, nous y avons pourtant cru. À force d'avancer le caractère non dangereux des installations nucléaires, nous avons dû faire face à l'accident sans aucune préparation. Shoji Nishida " est le maire de Date, ville de 70 000 habitants située à 60 km de la centrale de Fukushima-Daiichi, au Japon. Il occupait déjà ce poste le 11 mars 2011, jour de l'accident. 20 I Repères N°24 I Février 2015 Au moment de l'accident, nous étions dans l'ignorance totale. Nous avons dû faire face. Après, nous n'avons reçu aucune instruction de notre préfecture ou du gouvernement central pendant très longtemps. Jean-Pierre Charre : En France, pour les communes situées à moins de 10 km des centrales, la préparation essentielle repose sur le plan particulier d'intervention (PPI), lié aux risques technologiques*. Tous les élus concernés le connaissent et doivent le déclencher sur injonction de la préfecture. Notre dispositif réglementaire prévoit aussi un plan communal de sauvegarde dans lequel sont répertoriés tous les risques. Un volet nucléaire y figure pour la majorité des communes françaises concernées. Les maires doivent savoir reconnaître le signal sonore alertant d'un accident nucléaire, qu'il soit diffusé par les exploitants ou par la préfecture. Le plan fournit des instructions sur l'évacuation et l'accueil de la population, sur la mise en place de points de mesure de la radioactivité... Il donne aux élus une culture générale sur l'impact d'une contamination. Monsieur Nishida, après l'accident de Fukushima, comment avez-vous réagi ? S. N. : Nous avons appris la nouvelle par les journaux télévisés, alors que nous étions en train de gérer d'autres urgences. Nous essayions notamment de rétablir l'accès à l'eau potable qui avait été coupé

Table des matières de la publication Repères - n°24 / Février 2015 - Le magazine de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

Couverture
Kiosque
Sommaire & Edito
TEMPS FORTS Mieux prévenir le risque de criticité
FAITS & PERSPECTIVES Comment anticiper la fatigue thermique des matériaux ?
INTÉRÊT PUBLIC Comment des élus anticipent les impacts d’un accident ?
DOSSIER Eau La santé radiologique des rivières
Eau Quels risques représentent les rejets hospitaliers ?
Eau La Seine réservait une surprise
EN PRATIQUE Délimiter une zone lors de tirs de gammagraphie industrielle
EN DÉBAT Les élus sont-ils prêts à gérer le post-accident ?
STRATÉGIE Faire avancer la sûreté et la radioprotection par les normes

Repères - n°24 / Février 2015 - Le magazine de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

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