Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008 - (Page 2)

Les nouvelles de l Rebent suite de la page 1 nous avait permis de constater une nouvelle fois que nous ne disposions pas « d’état zéro » des peuplements animaux et végétaux sur notre littoral. Puis en 2006, la directive cadre sur l’eau (DCE) de l’Europe a imposé à chaque État, un suivi du bon état écologique des zones côtières et donc de la santé de ces biocénoses benthiques. Le site breton a servi de pilote pour transférer les protocoles mis au point régionalement à l’échelle du littoral français. Focus sur les fucales Dans le cadre du Rebent, un suivi systématique de la couverture algale dans les zones intertidales, là où la mer se retire, a été mis en place. Le CEVA (Centre d’étude et de valorisation des algues) est en première ligne. ubstrats durs (roches, graviers…) ; secteurs côtiers semi-abrités à abrités ; estrans larges, proportionnels à l’amplitude des marées : les côtes bretonnes, qui réunissent l’ensemble de ces conditions, sont d’une richesse exceptionnelle en fucales, grandes algues brunes dont les diverses populations (Fucus serratus, F. vesiculosus, Ascophyllum nodosum, F. spiralis) aiment se déployer en ceintures étagées sur les estrans rocheux. Cette couverture, parfois très dense (jusqu’à 30 kg/m2 pour Ascophyllum) abrite une biodiversité végétale et animale spécifique, en équilibre avec d’autres colonisations animales : balanes, moules, patelles… Les fucales sont à l’origine d’une activité goémonière traditionnelle de l’ordre de 10 000 tonnes par an. La conservation de cet habitat très répandu et d’intérêt patrimonial nécessite le développement de méthodes cartographiques adaptées à un suivi spatio-temporel de grande échelle. « La couverture des fucales est détectable par sa capacité de réflexion dans l’infrarouge quand elle est émergée. L’approche zonale, telle qu’engagée par télédétection dans le programme Rebent, accompagne un suivi spatio-temporel sur le long terme à l’échelle des côtes bretonnes, indique Patrick Dion, responsable du service de ressource naturelle du CEVA. Notre savoir-faire technique permet de traiter l’imagerie fournie par des satellites tels que Spot comme celle provenant de capteurs aéroportés hyperspectraux et donc de produire des cartographies de végétation algale. Les capteurs à haute altitude sont moins précis que les capteurs hyperspectraux aéroportés, mais permettent d’appréhender au niveau d’une seule image une « scène » de S P Qu’en est-il ailleurs ? L’enjeu est pour le moment cantonné en France métropolitaine. Les DOM suivront. Grâce à des partenariats scientifiques et au financement des Agences de l’eau principalement, nous sommes opérationnels pour la mise en oeuvre de la DCE sur toutes les façades. Mais le Rebent va au-delà et travaille aussi à la cartographie des habitats marins. Cette mission a plus à voir avec la mise en œuvre de la directive Natura 2000. Cela reste une spécificité des façades bretonne et méditerranéenne. Ailleurs, il existe seulement des actions ponctuelles et moins coordonnées. Rebent est un réseau d’acquisition de données biologiques qui permet de constater un certain nombre d’évolution des biocénoses, la plus spectaculaire étant actuellement la régression des champs d’algues intertidaux. L’explication de ce phénomène va nécessiter une prise de relais par la recherche scientifique. Une fois de plus, la complémentarité entre observation et besoin de recherche est mise en évidence. Ceintures de fucales sur l’estran de l’Île Vierge. 60 km de largeur. » Depuis 2002, neuf « scènes » ont été acquises lors des basses mers de vives eaux. Selon le secteur côtier, les fucales peuvent occuper la quasi-totalité de l’estran rocheux en mode abrité (par exemple près de 90 % sur l’Ile de Molène ou sur l’Ile de Bréhat), ou une fraction bien inférieure dans des secteurs plus battus (moins de 10 % sur le secteur exposé de l’Ile d’Ouessant ou sur les faces côté large des îlots du secteur des Abers). RÉGRESSION INQUIÉTANTE Les premiers résultats du suivi quantitatif démontrent que, depuis deux décennies au moins, la couverture globale se réduit. Si certains secteurs sont relativement stables (moins de 6% de régression dans le secteur des P En quoi consiste la coordination d’un tel réseau ? Il faut faire en sorte que les protocoles soient appliqués de façon uniforme sur l’ensemble du littoral, que les responsables de façade disposent des moyens financiers et matériels de travailler et d’accompagner le développement du réseau au niveau national. Il faut aussi aider les services de l’État et les établissements publics nationaux (Agence des aires marines protégées…) à prendre en compte les enjeux de conservation des habitats benthiques dans leurs politiques de protection (extension de Natura 2000 en mer par exemple). Il faut enfin anticiper les évolutions prévisibles du réseau en participant aux groupes de travail pour la mise en œuvre de la Stratégie pour le milieu marin qui va nous obliger à sortir du domaine très côtier en nous tournant vers le large. Les nouvelles de l’Ifremer n°108 Utilisation des images spot pour le suivi des évolutions temporelles. du 26 décembre 2008 Abers entre 1987 et 2003 par exemple), on enregistre à l’inverse 40 % de régression entre 1986 et 2004 dans le secteur Quiberon-Croisic. Et on imagine mal une inversion de cette tendance dans un avenir proche. « Les évolutions actuelles de l’environnement marin favorisent plutôt les algues opportunistes, comme les algues vertes, à croissance rapide, poursuit le responsable. Les grandes algues, à croissance lente, ont plutôt tendance à régresser. Les algues constituent des indicateurs sensibles mais globaux. À l’avenir, il faudra développer un plan expérimental par zones pour mieux expliquer ces déséquilibres. Cet aspect de la recherche implique plus le CNRS ou les universités ». Que les secteurs de la pointe de Bretagne soient plutôt épargnés pour l’instant, par rapport à des secteurs à eaux moins fraîches (Bretagne sud, Trégor…), semble indiquer que le réchauffement climatique des eaux joue un rôle dans cette tendance à long terme. Mais la connaissance actuelle ne permet pas d’interpréter plus précisément ce phénomène, ponctuellement observé dans d’autre pays d’Europe : perte de vitalité des algues ? évolution de leur milieu physique ? hyper activité des espèces animales de substitution ? L’eutrophisation des eaux côtières (apports supplémentaires de sels nutritifs et de turbidité) joue-t-elle un rôle aggravant, sur les algues directement, ou un rôle favorable à la nutrition des espèces animales colonisatrices ? Les recherches en vue d’établir un schéma d’interactions clair qui permettrait de relier les observations avec des facteurs d’impacts précis s’engagent timidement. publiées dans © CEVA © Ifremer / Claire Rollet

Table des matières de la publication Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008

Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008

Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008 - (Page 1)
Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008 - (Page 2)
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Ifremer N° 108 au journal le marin du 26 décembre 2008 - (Page 4)
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