La revue RH&M - N°58 - Juillet 2015 - (Page 56)

LIBRIS CLUB RH&M Mon cerveau, ce héros Savez-vous qu'on peut manipuler vos souvenirs et vous en implanter de toutes pièces ? Qu'un gorille pourrait entrer dans la pièce sans qu'on s'en aperçoive ? Que les erreurs dans la perception des risques, dans l'évaluation des probabilités qu'un événement sont à l'ordre du jour ; et que vos connaissances et compétences sont probablement inférieures à ce que vous pensez ? Malheureusement, cet effet de confiance peut avoir des conséquences néfastes : il suffit de penser au rôle confié aux témoignages - dans la vie quotidienne comme en justice - et de peser ce rôle contre les preuves scientifiques de l'imprécision (on pourra dire : la créativité) de la mémoire, qui nous fait défaut en négatif (lorsqu'on oublie l'emplacement de parking de noter voiture) mais aussi en positif (lorsqu'on construit des souvenirs sur la base de suggestions diverses et variées qui nous sont soufflées, par exemple par ceux qui nous interrogent à leur égard). Le cerveau humain est un organe merveilleux, qui nous sert très bien dans la plupart de nos tâches quotidiennes. Tel qu'il occupe notre boite crânienne, il est le résultat de millions d'années d'évolution qui en ont sculpté anatomie et fonctions. Il sait répondre à une immense quantité de problèmes qui se posent sur le chemin de la survie et de la reproduction, il sait aussi construire des cathédrales, des appareils scientifiques, des institutions sociales hyper-complexes, il peut apprendre à lire et décoder ces lignes, en extraire un sens. Mais le cerveau a aussi ses limites, que souvent nous ignorons. À d'autres occasions, les caractéristiques de notre cerveau peuvent nous induire à croire d'être libres dans nos choix, alors qu'il n'en est rien. Un exemple à l'appui : présentez à quelqu'un deux photos, représentant deux filles (ou deux garçons) et demandez à votre interlocuteur de choisir l'image qu'il ou elle préfère. Reprenez la photo, sans que votre interlocuteur s'en aperçoive, échangez les deux images, prenez celle qui n'avait pas été choisie... et demandez à votre interlocuteur pourquoi il l'a préférée. Vous remarquerez que dans plusieurs cas, votre victime ne s'aperçoit pas de l'échange, et encore mieux : qu'il ou elle se donnera du mal pour justifier sa (fausse) préférence ! Ces limites peuvent nous conduire sur des chemins périlleux. Tantôt ils nous amènent à surestimer nos capacités. Prenez le cas suivant. Si vous êtes comme moi, vous vous souvenez probablement de où vous étiez le 11 septembre 2001, de ce que vous étiez en train de faire et de comment vous avez appris la nouvelle de l'attaque aux Twin Towers de New York - j'étais à la maison, j'ai reçu un coup de téléphone, j'ai allumé une très vieille télé qui se trouvait dans mon appartement en location juste à temps pour assister à la scène de l'impact du deuxième avion, j'ai appelé à mon tour pour commenter la nouvelle. Ce souvenir est teint d'une très forte émotion, je pourrais le décrire avec beaucoup de détails, et je suis plutôt confiante dans sa fidélité. On appelle ce genre de souvenirs « flashbulb memories » parce qu'ils ont les caractéristiques d'une photo instantanée - notamment la vivacité des images qui s'estampillent dans l'esprit. Cependant, contrairement à ce que le nom suggère et à nos intuitions les concernant, les souvenirs photographiques ne sont pas nécessairement plus fidèles que les autres. En comparant la fidélité des souvenirs photographiques (ceux du 11 septembre 2011) et ceux de souvenirs personnels, peu significatifs (concernant des événements ayant eu lieu quelques jours avant le 11 septembre) Jennifer Talarico et David Rubin de Duke University ont pu établir que le nombre d'incohérences est le même dans les deux cas à 7, 42 et 224 jours de distance. Certains souvenirs nous apparaissent donc différents des autres, mais ne le sont pas en réalité. La seule chose qui change est la confiance que nous avons dans la fidélité des uns mais pas des autres, et cette fidélité est un mythe que nous construisons dans notre tête. P.56 | JUILLET 2015 | LA REVUE RH&M N°58 Élena PASQUINELLI Philosophe de formation, elle réfléchit plus particulièrement aux sciences cognitives et aux neurosciences. Membre de La main à la pâte, elle s'intéresse aussi à l'éducation et à la manière dont les connaissances produites par la recherche peuvent permettre d'améliorer les pratiques. Enfin, notre cerveau est, il faut l'admettre, un organe crédule. Certaines idées collent plus facilement dans nos souvenirs, sont plus sexy pour notre cerveau, et se transmettent plus facilement d'un cerveau à l'autre - indépendamment de leur vérité. Ce sont ces idées qui vont souvent devenir des mythes, voire des « neuromythes » : des idées fausses, mais apparemment indélogeables, concernant notre cerveau et ses capacités, ou possibilités ; des idées « qu'on aime croire », même si elles ne sont pas vraies. Un exemple ? C'est un fait qu'on ne peut pas augmenter notre QI en écoutant quelques minutes d'une sonate de Mozart ; pourtant « l'effet Mozart » fait rage depuis les années 1990 et fait le succès de boites commerciales qui produisent des CDs pour enfants et adultes (et même pour des fœtus), bananes (les bananes Mozart, plus sucrées grâce à la musique du grand compositeur), vaches (Mooozart) et aussi pour bien brasser le saké. Est-ce grave, docteur ? Plusieurs mythes, et neuromythes, sont sans conséquence ou presque pour notre bien être. D'autres, cependant, ont leur coût en temps, énergie, et même un coût économique : entrainer son cerveau, par exemple, est à la mode, mais le cerveau n'est pas un muscle (il est plutôt fait de graisse et d'eau...) et ne s'entraine pas comme un tel organe - en dépit des promesses de maints produits commerciaux. Devenir plus intelligents et capables, nécessite plutôt de mettre en place bonne stratégies pour exploiter toutes les potentialités de notre merveilleux organe de la pensée, et de prendre en compte toutes ses limites. Entrainer son esprit critique à démonter des neuromythes : ne serait-ce pas un bon point de départ ?

Table des matières de la publication La revue RH&M - N°58 - Juillet 2015

Couverture
FORCES & IDÉES -C. BAKI-BOISIER - OSER DÉFIER LA MAJORITÉ ÉCRASANTE
ACTUALITÉ - M. NEBRA - MOOCS : CES SALARIÉS QUI ONT DÉJÀ PRIS LE TRAIN EN MARCHE
SOMMAIRE
LE GRAND ENTRETIEN JEAN-DOMINIQUE SENARD, PRÉSIDENT DU GROUPE MICHELIN
TENDANCES RH
ENTRETIEN AVEC, MICHEL DE ROVIRA - DIRECTEUR GÉNÉRAL ET CO-FONDATEUR, MICHEL ET AUGUSTIN MICHEL ET AUGUSTIN, UNE AVENTURE ENTREPREUNARIALE EUPHORISANTE!
ÉTUDE, CHRISTIAN MAINGUY - DIRECTEUR GÉNÉRAL DE RÉHALTO UNE RÉFORME BIEN MAL ENGAGÉE !
ÉTUDE, AMÉLIE D’HEILLY - AVOCAT À LA COUR, ASSOCIÉE, GLH ASSOCIÉS UN PROJET DE LOI FAVORISANT UN DIALOGUE SOCIAL DE QUALITÉ !
ÉTUDE, PIERRE-MARIE ARGOUARC’H - DIRECTEUR DES RELATIONS HUMAINES ET DE LA TRANSFORMATION DU GROUPE LA FRANÇAISE DES JEUX UNE DIRECTION DES RELATIONS HUMAINES ET DE LA TRANSFORMATION POUR LA FRANÇAISE DES JEUX
QUESTIONS À… AUDREY POULAIN - DRH DE LA DSI GROUPE SNCF
TENDANCES MANAGEMENT
TÉMOIGNAGE, THIERRY SMAGGHE - SPIE, LA CULTURE DE L’INNOVATION AU SERVICE DE SES CLIENTS
TÉMOIGNAGE, PHILIPPE ROSSIGNOL - UNE RÉFORME BIEN MAL ENGAGÉE !
RÉMUNÉRATION & AVANTAGES SOCIAUX, RENÉ THOMAS - LA PROTECTION SOCIALE, UN DES AXES PRIORITAIRES DE LA POLITIQUE SOCIALE DE CARREFOUR FRANCE
RH À L’INTERNATIONAL
EMMANUEL JAHAN - GUERRE DE L’EMPLOI EN EUROPE
KARINE CLOLUS-DUPONT - CONGÉ PARENTAL PARTAGÉ :UN PAS DE PLUS VERS L’ÉGALITÉ
WILL LINSSEN - FOCUS ON LEADERSHIP
MARC DELUZET - DEVOIR DE VIGILANCE ET DIALOGUE SOCIAL
RH & RECHERCHES ACADÉMIQUES
PASCAL MARTIN - QUAND LA CONTAGION ÉMOTIONNELLE FACILITE L’ACCEPTATION DE LA PRISE DE DÉCISION MANAGÉRIALE
JEAN-LUC CERDIN - ÉTAT DE LA RECHERCHE ACADÉMIQUE : LES NOUVELLES APPROCHES DE LA GESTION DES CARRIÈRES
AGENDA
CONSEIL EN DROIT SOCIAL, NICOLAS MANCRET
LANGAGE AUX AGUETS, JEANNE BORDEAU
CHRONIQUES
DU LEADERSHIP, ERIC-JEAN GARCIA - LE LEADERSHIP N’EST PAS UNE COMPÉTENCE
DU DIGITAL, DOMINIQUE TURCQ - LE POUVOIR DE LA CURATION
DE LA COMPLIANCE, BLANDINE CORDIER-PALASSE - COMPLIANCE ET DIRECTION DES RESSOURCES HUMAINES
DE LA RSE, PASCAL BELLO - COP 21 : DES ENJEUX MULTIPLES POUR LES ENTREPRISES
DE L’INNOVATION RH, SYLVIE BRÉMOND MOOKERJEE - INNOVATION ET COMMUNICATION, UNE AFFAIRE DE CONNEXIONS !
DU FUTUR, FABIENNE GOUX-BAUDIMENT - IL SERA UNE FOIS…L’OPEN INNOVATION
FOCUS - Le cahier des RH Managers
SOMMAIRE
INTERNATIONAL
PROTECTION SOCIALE
SIRH
ORGANISATION RH
INNOVATION RH
FORMATION RH
LIBRIS CLUB RH&M
LE PRIX DU LIVRE
VOTRE CERVEAU, CE HÉROS, ELENA PASQUELLINI
LU POUR VOUS, JEAN-MICHEL GARRIGUES - ATLAS DES PRÉJUGÉS
REPORTAGE
REPORTAGE DES TROPHÉES BINÔMES PDG/DRH
REPORTAGE DRH ENTREPRENEUR
DOSSIER
TRAITS DE CRAYON : LES VACANCES DES DRH
COMMENT GARDER LA LIGNE PENDANT LES VACANCES, JEAN-MICHEL COHEN
ART ET ENTREPRISE J.-P. LORRIAUX

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