Ifra techniques de presse - Édition spéciale Web 2.0 - (Page 12) Fox saisit sa chance » www.ifra-nt.com Édition spéciale Web 2.0 techniques de presse Steve Shipside On peut dire que le Web 2.0 a complètement changé la relation de Rupert Murdoch avec le Web. Avant l’avènement du Web 2.0, l’empire Murdoch n’avait pas vraiment trouvé comment peser et encore moins à gagner de l’argent avec Internet. Chez Fox Interactive le business Internet commence avec le Web 2.0 En avril 2005, Rupert Murdoch, président et PDG de News Corporation, déclarait à l’American Society of Newspaper Editors à Washington que les journalistes devaient s’adapter au nouveau pouvoir des médias en ligne. « Le risque que les journaux imprimés perdent des recettes publicitaires au profit des médias en ligne est bien réel », a-t-il commenté en ajoutant qu’« en fait, c’était déjà le cas ». Robert Murdoch reconnaissant luimême que les lecteurs et les annonceurs tournaient le dos aux journaux au profit du Web, la principale question qui se posait était : « Mais où allaient-ils donc ? » La réponse est venue un peu par hasard. On raconte que, lors d’un entretien d’embauche pour un poste administratif, Ross Levinsohn, directeur à l’époque de Foxsports.com, avait été étonné d’entendre la jeune candidate lui dire qu’elle ne regardait pas la télévision et ne lisait pas les journaux. En revanche, elle passait du temps dans les communautés en ligne, bavardant et échangeant de la musique et des photos sur des réseaux sociaux. Conscient que de plus en plus de gens se détournaient des médias traditionnels, il a décidé d’examiner les sites qu’elle avait mentionnés et, en particulier, un site de réseau social appelé MySpace. C’était au printemps 2005 et MySpace était à l’époque relativement petit avec quelque 125 000 nouveaux utilisateurs par mois. Ross Levinsohn a étudié les pages personnelles de ce site et ce qui y était échangé et y a vu l’occasion de donner une nouvelle impulsion à l’empire en ligne de Robert Murdoch. En juillet 2005, News Corporation rachetait Intermix Media, le propriétaire de MySpace, pour la coquette somme de 580 millions de dollars. Ce n’était pas terminé car il a aussi racheté la société Scout Media qui compte plusieurs sites sportifs et, ce faisant, a augmenté l’audience en ligne de News Corporation qui est passée d’un total relativement modeste de 16 millions de visiteurs uniques par mois au chiffre beaucoup plus confortable de 50 millions. Rupert Murdoch qui ne mâche jamais ses mots a provoqué des re12 mous dans le monde du Web 2.0 en annonçant qu’il était prêt à engager jusqu’à deux milliards de dollars dans le rachat de sociétés. La première réaction au rachat de MySpace a été qu’il s’agissait d’une dépense inconsidérée de la part d’une société qui avait les poches pleines, mais pas de stratégie réelle. MySpace ne dégage ni revenus ni profits, mais avec ses 100 millions d’utilisateurs et 500 000 de plus toutes les semaines, il est le quatrième site en langue anglaise le plus consulté au monde et le premier aux Etats-Unis. La stratégie se met en place Sur MySpace, les utilisateurs créent leurs propres profils à l’aide de deux formulaires standard « About Me » (à mon sujet) et « Who I’d like to meet » (qui j’aimerais rencontrer) où ils se présentent. De plus en plus, ils téléchargent aussi des vidéos, de la musique et des photos faisant de MySpace un vivier de nouveaux talents et une vitrine pour l’approche Web 2.0 qui permet aux utilisateurs de générer du contenu. Bien entendu, il a aussi reçu son lot de critiques allant de la violation des droits d’auteur à la diffamation et bien pire encore. Mais à mesure que les utilisateurs constituent leurs profils et se relient les uns aux autres, le site se développe et les recettes publicitaires suivent. Dans un accord signé au mois d’août dernier, Google s’engage à verser 900 millions de dollars sur trois ans à MySpace et plusieurs autres sites de News Corporation ce qui inspire à Peter Chenin, président de News Corporation, le commentaire suivant : « D’un seul coup, nous avons récupéré les deux tiers de nos investissements sur Internet. » Pour les experts en marketing, MySpace permet aussi d’aller au-delà du système par mots-clés de Google et d’exploiter l’approche de plus en plus populaire du marketing comportemental qui essaie d’utiliser la vidéo, la musique et l’interactivité pour toucher les jeunes consommateurs qui ne sont pas sensibles aux annonces et médias classiques. Le marketing comportemental repose sur l’effet boule de neige du marketing viral qui invite l’internaute à devenir un véhicule de propagation et il n’y a pas de site plus ‘viral’ que MySpace. L’objectif de Ross Levinsohn semble consister à utiliser MySpace comme le point de départ de la création d’un haut lieu du marketing comportemental et Fox Interactive est train de racheter de plus en plus de sites qui incitent les utilisateurs à participer dont RottenTomatoes.com (un site consacré aux critiques de cinéma) et Gamespy (un site de jeux). Ayant un sens profond de la mise en scène, Ross Levinsohn a choisi la conférence Under the Radar au mois de mars dernier pour annoncer qu’il venait de racheter l’une des sociétés (une vingtaine) présentes dans la salle et s’est empressé d’ajouter : « Je vous parie que nous allons bientôt en racheter cinq autres présentes dans cette salle de conférence. » Les rumeurs selon lesquelles l’accord passé avec Google s’étendrait au-delà des recettes publicitaires et préparerait le terrain pour l’intégration de GoogleTalk – le service gratuit de téléphonie par Internet de Google – dans la base d’utilisateurs de MySpace vont bon train. Cette intégration permettrait aux utilisateurs de MySpace de cliquer sur un bouton et d’être directement mis en communication avec leurs amis, anciens et nouveaux. Fox Interactive aurait ainsi la mainmise sur les jeunes et proposerait un espace où les utilisateurs généreraient du contenu et où Fox proposerait ses propres films, sports et jeux et en contrôlant la publicité. Quel que soit l’apport du Web 2.0 au cyberespace, il peut être considéré comme un tournant dans l’histoire de News Corporation qui, de suiveur, est devenu un important leader du marché. Comme sa stratégie d’acquisitions a été jusqu’ici couronnée de succès, il est probable que Fox Interactive continue d’enrichir son offre de fonctions et de contenus afin de satisfaire cette génération de consommateurs réfractaires au journal et à la télévision. Le chéquier de Ross Levinsohn ne moisira vraisemblablement pas au fond d’un tiroir. http://www.ifra-nt.com http://www.rottentomatoes.com/ http://www.gamespy.com/ http://www.myspace.com
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