Biodiversité à Paris - 5

Discrète, la biodiversité est pourtant bien présente à Paris ! La faune et la flore sauvages s’observent dans les bois, les parcs et les jardins, mais aussi dans bien d’autres lieux. Les berges de la Seine, canaux, mares et autres plans d’eau, cimetières, terrains vagues, toitures, façades d’immeuble, interstices des pavés, des murs, et écorces d’arbre méritent l’attention des citadins. Cet ensemble constitue un maillage vert, contribuant à maintenir les continuités écologiques jusqu’au cœur de la ville.

Un brin d’écologie

1 5 9 0 vo i e s p l a n t é e s, r e p r é s e n t a n t p l u s d e 200 km, o f f r e n t u n c h e m i n e m e n t favo rab l e à l a c i rcu lation e t a u d é v e l o p p e m e n t d e s e s p è c e s s a u va g e s.
Les 100 000 arbres des rues présentent plus de 150 espèces et variétés. De nouvelles essences tels les chêne vert, noisetier, févier, micocoulier, cerisier, remplacent peu à peu les essences traditionnelles comme les marronnier, platane, érable, robinier… Cette diversité limite les risques de propagation des maladies ou parasites spécifiques à une espèce, comme la mineuse du marronnier, la maladie de la suie de l’érable ou le chancre coloré du platane, et permet une adaptation à l’évolution du climat. Ces arbres d’alignement sont fragiles car soumis à un environnement peu favorable : sécheresse, compactage du sol, pollution, chocs des véhicules... Leur longévité, 60 ans en moyenne, est plus courte que celle des arbres des parcs. Cependant, l’amélioration des conditions de plantation des arbres urbains améliorent leur espérance de vie. Principalement entre octobre et mars, les bûcherons élagueurs de la Ville de Paris pratiquent une taille dite douce appropriée aux différentes essences d’arbres. Cet élagage s’adapte aux contraintes du milieu urbain, laisse moins de blessures, maintient un port plus naturel et préserve les lieux de nidification. Dans les rues, les sols enherbés, pieds d’arbre, écorces, branches, feuillages sont autant de micro-milieux favorables à l’accueil d’une vie sauvage parfois insolite.

Scènes de vie des arbres d’alignement
De la vie dans les branches
Les mésanges à longue queue (Aegithalos caudatus) vivent en bandes d’une dizaine à une trentaine d’oiseaux, volant d’un arbre à l’autre. Ces rapides flèches furtives se regroupent le soir, formant une boule serrée de plumes d’où sortent leurs queues plantées telles des aiguilles en désordre. Très agiles dans les branches, elles se nourrissent essentiellement d’insectes ou de graines, et de bourgeons en hiver. Au faîte de l’arbre, pour éviter les prédateurs, la pie bavarde (Pica pica) installe son fameux nid, une boule de branches entremêlées et renforcées de brindilles, surmontée d’un dôme. Elle se nourrit au sol d’insectes, de petits mammifères, d’oiseaux et de déchets laissés par les passants. Reconnaissable à son corps gris, sa poitrine rose et une tache blanche de chaque côté du cou, le pigeon ramier (Columba palumbus) est plus robuste que le pigeon biset de ville. Les pigeons sont les oiseaux les plus nombreux à Paris. Les ramiers représentent 10% de cette population. Pour nicher, ils affectionnent les arbres des rues autant que ceux des parcs, mais trouvent aussi en ville de nouveaux lieux propices comme les jardinières des rebords de fenêtre. Le ramier peu farouche s’urbanise ! Originaire de Chine, le bombyx de l’ailanthe (Samia cynthia) fut introduit en France en 1857 pour l’industrie de la soie. Son arrivée fut accompagnée de celle de l’ailanthe, arbre dont le feuillage constitue la principale nourriture de sa chenille, un ver à soie. Paris est l’unique ville de France où demeure ce très grand papillon nocturne. Le pseudoscorpion du platane (Chernes hahni) est un arachnide de moins de 2 mm, présent sous les écorces de son arbre hôte, le platane qui, à Paris, représente un peu moins de 35 % des arbres d’alignement. Le pseudoscorpion possède une paire de pinces contenant une glande à venin avec lequel il neutralise ses minuscules proies : collemboles, larves d’acariens et de mouches, avant d’injecter des enzymes digestives et d’aspirer le liquide obtenu. des distances pouvant atteindre 10 km. On le retrouve ainsi partout à Paris, petite tache jaune dans le paysage urbain... Herbe folle originaire d’Amérique centrale et du sud introduite en Europe vers 1925, le galinsoga cilié (Galinsoga quadriradiata) se plaît aussi dans les jardins, les friches, et sur les bords de trottoirs. Riche en sucre, il est très apprécié des insectes buveurs de sève (cicadelles, pucerons) et des butineurs (syrphes). Petite limace grise, dévoreuse de plantes (racines, feuilles, fleurs, fruits) et de champignons, la limace réticulée (Deroceras reticulatum), plutôt nocturne, reste immobile le jour, cachée sous les pierres ou les feuilles, à l’abri des prédateurs. Elle apprécie tout particulièrement de se dissimuler sous les écorces desquamantes de platane. Vivant sous les feuilles sèches, le cloporte des mousses (Philoscia muscorum) est un crustacé terrestre : sept paires de pattes contre trois paires pour les insectes. Il se régale de débris de végétaux morts qu’il décompose en éléments nutritifs plus petits, qui profiteront à l’arbre hôte car ils enrichissent le sol. Furtif et rapide à l’approche du danger, il ne dépose pas ses œufs sous une feuille ou dans la terre mais les porte dans une poche sous son corps.

De la vie sur le tronc
La parmélie des tilleuls (Parmelia tiliacea) est un lichen, association entre une algue et un champignon minuscules qui vivent en symbiose. L’algue, grâce à sa chlorophylle, fabrique la nourriture carbonée indispensable au champignon, qui fournit le support et retient l’eau de pluie, source de sels minéraux. Bio-indicateur de la qualité de l’air, la parmélie des tilleuls est de retour sur les troncs des arbres de Paris. Sensible au dioxyde de soufre, elle indique par sa présence une baisse de ce polluant dans l’air. Quant à la poudre verte qui colonise les troncs les plus exposés aux vents humides, il s’agit d’une algue verte terrestre (Pleurococcus viridis). Elle présente une remarquable résistance à la pollution de l’air. Très répandue en zones urbaines, elle accompagne souvent les lichens sur les écorces des arbres des rues. Le gendarme (Pyrrhocoris apterus), une punaise, vit en groupe au pied des arbres et le long des écorces, surtout des tilleuls (9 % des arbres d’alignement parisiens), dont il raffole des graines. Sève et insectes morts constituent aussi son repas. Son nom lui vient de ses couleurs vives, rouges et noires, rappelant les anciens uniformes des gendarmes sous Napoléon Ier. Vivant en communauté, le frelon à tête jaune (Vespa crabro) ressemble à une guêpe géante. Sa parure jaune et noir annonce le danger à tout animal ayant déjà été piqué par une espèce arborant ces couleurs, comme la guêpe. Les nids, logés dans des cavités liées à d’anciens élagages sévères, sont constitués de fibres végétales mâchées, véritable carton naturel. Le frelon, actif la nuit, est un grand consommateur d’insectes. Le lucane cerf-volant (Lucanus cervus) s’accommode en ville des vieux arbres. Il lèche les tanins qui s’écoulent des blessures des troncs, se nourrit aussi de sèves, sucs de végétaux, fruits et ne vit que quelques mois, de la mi-juin au mois d’août. Mille-pattes de 15-20 mm, le polydesme gracile (Oxidus gracilis) se cache sous l’écorce desquamante du platane. Il se nourrit de bois en décomposition, feuilles mortes, champignons et cadavres de petits animaux. Les étourneaux et les grosses araignées l’apprécient.

De la vie entre les arbres et à leur pied
La fin des traitements chimiques pour l’entretien des pieds d’arbres ainsi que l’arrêt du désherbage chimique des espaces non asphaltés entre les arbres favorisent le retour des herbes « folles ». Ces enherbements créent des micro-espaces où de nombreux animaux trouvent gîte et couvert. Le mouron des oiseaux (Stellaria media) est un habitué des sols humides et azotés où ses graines, protégées d’une enveloppe résistante, font le régal des oiseaux. N’appréciant que modérément la pluie, ses fleurs se ferment et ses feuilles se penchent vers la terre. C’est souvent la première plante à tapisser au printemps la terre retournée des nouvelles plantations d’alignement. Les jeunes pousses sont comestibles en salade, mais mieux vaut éviter de les récolter en ville ! Quant à l’orge queue-de-rat (Hordeum murinum), graminée à l’épi barbu très rigide, il préfère les sols piétinés ! Le pissenlit (Taraxacum gr. officinale) est une plante vivace aux multiples propriétés potagères, médicinales et mellifères. Fécondées par les insectes butineurs, ses fleurs jaunes en capitule se transforment en fruits secs, les akènes, munis d’un parachute duveteux, qui sont disséminés par le vent sur

De la vie dans le feuillage
Courante à Paris, la mégachile (Megachile centuncularis), abeille solitaire, découpe dans les feuilles des demi-cercles qu’elle roule pour garnir les cellules de son nid installé dans des cavités de l’arbre. Elle y dépose ensuite pollen et nectar puis pond un œuf unique sur cette réserve de nourriture. Sur les feuilles, la couleur verte et l’allure lente du phanéroptère commun (Phaneroptera falcata) mettent cette sauterelle à l’abri de la vue des oiseaux, ses prédateurs. Commune sur les arbres d’alignement et néanmoins très discrète, elle émet au crépuscule des stridulations inaudibles à plus d’un mètre. Elle se remarque toutefois à son vol rappelant celui d’un papillon. Fréquentes, les chenilles du papillon nocturne orgyie pudibonde (Calliteara pudibunda) sont des dévoreuses de feuilles (érable, noisetier, tilleul, sorbier, pommier…). Le papillon adulte quant à lui, incapable de se nourrir car dépourvu de bouche, vit quelques jours, le temps de se reproduire.

Des gestes pour la nature à Paris
Être vivant, l’arbre ne doit pas constituer un élément de mobilier urbain et mérite d’être respecté. Ne blessez pas son écorce. Agrafes, coups de pare-chocs, de canifs interrompent la circulation de la sève et constituent des plaies, portes d’entrée à des micro-organismes capables d’entraîner la mort de l’arbre. Ne faîtes pas uriner votre chien aux pieds des arbres ; l’urine, acide, brûle l’écorce et les racines. Ne déversez ni sel de déneigement, ni produit toxique (de nettoyage, de bricolage…) au pied d’un arbre au risque de l’empoisonner.

Pour en savoir plus :

www.paris.fr

mot-clé : biodiversité

Découvrez les coins de nature à Paris au travers des autres affiches pédagogiques, dépliants de découverte écologique des bois parisiens… Participez aux journées, ateliers, sorties et conférences organisés par le réseau d’écologie urbaine de la Ville de Paris. Renseignements : 01 71 28 50 56.

Jean-Claude Dejean

La taille des illustrations ne respecte pas l’échelle des espèces animales et végétales

Préserver les milieux
La biodiversité parisienne, riche de près de 1 700 espèces animales, 2 000 espèces de plantes et champignons, doit être préservée. Réseau de surveillance, nouveaux jardins pour la faune et la flore, diagnostics préalables aux aménagements urbains, actions éducatives… la Ville de Paris s’engage à préserver la diversité des espèces et de leurs habitats. Vous aussi pouvez agir au quotidien pour maintenir et enrichir la biodiversité à Paris.


https://www.paris.fr/biodiversite

Table des matières de la publication Biodiversité à Paris

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