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L’ amour n’a pas d’âge !

Ils ont l’âge d’être arrière-grands-parents et n’en sont pas moins amoureux. Un amour qui s’exprime avec passion, pour un coup de foudre ou pour l’être disparu. Ces témoignages permettent de lever le tabou sur la vie affective des aînés, souvent brimée dans les institutions, malgré les progrès notoires, et souvent incomprise par les familles et les amis.

C’est pour cette raison que certains témoins ont souhaité garder l’anonymat.

Textes : Christine Barbedet

Photos : Richard Volante

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En parler pour changer les regards

Richard Vercauteren

« Les tabous sont des atteintes au respect des libertés fondamentales individuelles et des droits de l’homme. Le tabou est un interdit qui s’impose à tort comme incontournable. Le non-respect de la liberté individuelle dans les établissements, ce sont des lits étroits, une chambre qui ne ferme pas à clef, les indélicatesses du personnel qui entre sans frapper, l’infantilisation. Comment avoir un rapport sexuel quand on redevient enfant ? Le corps est devenu objet du travail, ce qui ne favorise pas le développement de l’érotisme. Dans cette rencontre amoureuse, il ne faut pas non plus oublier les jalousies entre les résidents, mais aussi la réprobation de la famille. La sexualité des personnes âgées interroge toujours sa propre sexualité et renvoie le soignant à sa propre filiation. »

Richard Vercauteren, sociologue et gérontologue à Nantes.

Frédérique Burban

« La vie affective, l’intimité et la sexualité des personnes âgées est un sujet tabou, en raison de notre éducation judéo-chrétienne, de l’eugénisme, du jeunisme. Dans notre groupe de réflexion mutualiste régional, nous avons souhaité en parler pour changer les regards. Les histoires d’amour des personnes âgées sont fréquentes, évidentes, insolites… À tout âge, on a besoin d’être touché, caressé… Exister dans le regard de l’autre, c’est vivre, se sentir désiré, partager, se respecter soi-même et retrouver une dignité. La dignité est une valeur fondamentale du Code de la santé publique. La question de la sexualité des personnes vieillissantes fait partie du respect de cette dignité. Ce n’est ni aux soignants, ni aux enfants de décider. La notion fondamentale est l’intime. L’intime est un secret à préserver. Respecter l’intimité, c’est respecter la dignité. Respecter l’intimité, c’est accompagner chaque personne d’une manière individualisée. Les dérives sont aisées dans la vie quotidienne d’un établissement. »

Frédérique Burban, directrice de l’EHPAD mutualiste Beaupré Lalande, de Vannes, auteur d’un mémoire sur la vie affective, l’intimité et la sexualité des personnes âgées.

Un DVD interactif

« Les questions relatives à la vie affective, à l’intimité, à la sexualité nous concernent tous et pourtant ne regardent que soi. Elles relèvent d’un intérêt général de la bientraitance », explique Marick Fevre, responsable de la promotion de la santé au groupe mutualiste MBA Radiance, qui a animé les rencontres « les Amours de vieillesse », organisées en novembre dernier à Rennes. « C’est encore tabou et mal accepté par les familles et les soignants. Nous souhaitions en parler avec respect et tolérance. Tomber amoureux au soir de sa vie en prolonge le crépuscule. »

La première conférence a eu lieu en 2009. « Nous avions prévu d’en mener quatre en Bretagne, en invitant des acteurs, spécialistes de cette question. Nous en avons organisé douze. L’idée de créer un outil pédagogique reprenant toute la matière des conférences, un DVD interactif pour répondre de façon plus large à l’ensemble des demandes, est née de cette façon. » Édité avec le soutien de la Mutualité française, de MBA Radiance et de la Fondation Paul-Bennetot, il est envoyé sur demande aux professionnels.

Contact : Marick Fevre. MBA Radiance. lesamoursdevieillesse@bretagne-mutualite.fr

 

14 Les Rennais - mars-avril 2012 - n° 7