Reportage
L’édition rennaise à livre ouvert
Prose café
Éditeur à toute heure, Jean-Marie Goater est également le promoteur rennais du café-librairie, une nouvelle façon de boire un vers.
De Bécherel à l’île de Groix, la formule alternative du café-librairie a depuis belle lurette était adoubée par les Bretons. Créateur du Papier timbré, Jean-Marie Goater sait de quoi il parle. Passé par les Nourritures terrestres, Coop Breizh, Virgin et les éditions Apogée, le directeur des éditions éponymes connaît même les enjeux rennais du livre comme son poche préféré.
« À la base, il y a le double constat d’une crise du monde de l’édition et des cafés-bars (législation antitabac, antibruit.), pose Jean-Marie Goater. D’où la quête d’une nouvelle manière de promouvoir les nourritures spirituelles tout en réactivant la vocation socioculturelle des bars. Les horaires d’ouverture sont différents, la façon de sélectionner les ouvrages, peut-être plus militante. »
Préserver la bibliodiversité
Avec la Cour des miracles, le Papier timbré et bientôt le Scaramouche, la place rennaise semble particulièrement à la page. « L’idée fonctionne, et le cocktail est particulièrement efficace. » Le patron d’estaminet littéraire parle de « café plus », par ailleurs réunis au sein de la Fédération des caféslibrairies de Bretagne. Attaché à la « bibliodiversité », il peut également mettre ses idées en pratique dans sa maison d’édition. Les éditions Goater comptent à ce jour huit titres dans un catalogue aux couleurs aussi variées qu’un nuancier. Citons deux beaux premiers romans parus dans sa nouvelle collection, «La société des gens» : Pas Dieu possible de Sylvain Chantal, et L’en-dessous de l’envers d’Olivier Moguérou. Bientôt au rayon frais : un livre sur la galette saucisse signé Benjamin Kleitz, un autre sur la bande dessinée indépendante à Rennes réalisé par Nicolas Auffray, et des « sacs à vomi » dessinés par des artistes, puis sérigraphiés à l’occasion des élections présidentielles. Au commencement était le verbe, d’accord, mais la gerbe …
J.-B. G.
Black list
Après la scène rock rennaise, la toile polar ? La constitution de Calibre 35, collectif regroupant neuf auteurs de romans noirs du cru – David S. Khara, Valérie Lys, Frank Darcel, Fred Paulin, Claude Bathany, Yves Tanguy, Hervé Commère et érik Wietzél –, semble en tout cas le suggérer..
La liste est pour l’instant arrêtée à neuf noms, mais elle pourrait bien rapidement s’allonger. Sûr, comme le sang, ce collectif va faire couler beaucoup d’encre.
L’instant Critic
Alors qu’on dit le livre moribond, Critic ne connaît pas la crise. Malgré les idées noires des auteurs figurant à son catalogue, Éric Marcelin et sa librairie-maison d’édition peuvent donc voir la vie en rose.
Avec sept romans annoncés pour 2012, c’est comme si Critic vivait un roman à l’eau de rose. Même si, avec ses auteurs de polars ou d’épopées fantastiques, on parlera plus de contes de fait divers. Si vous avez manqué le début : Éric Marcelin crée sa librairie en août 2000. Il patientera huit ans et le stage de Simon Pinel, alors étudiant à Rennes 2, pour que le premier manuscrit atterrisse dans la boîte aux lettres de l’officine située rue Hoche : « Le Sabre de sang de Thomas Géha était le sujet du mémoire de Simon. Nous en avons écoulé 700 exemplaires, on peut appeler ça un bon début. » Les révélations naissent toujours, il est vrai, de petites occasions.
Simon Pinel sera finalement embauché, et Géha fera faire un premier pas de géant à Critic. Fidèle client de la librairie, Lionel Davoust lui offrira ensuite sur un plateau La volonté du dragon. On connaît la
12 Les Rennais - mars-avril 2012 - n° 7
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