CULTURES
Fabrice Murgia et la Cie Artar Le chagrin des ogres. DR
d’Ici même productions. « Nous avons mis en place cette structure en 2002 en partant du constat que les conteurs sont la plupart du temps seuls, sans compagnie, et encore moins accompagnés. Mine de rien, Ici même emploie onze salariés et produit 700 spectacles par an… »
Le public est là, les structures prennent forme, lentement et, on l’espère, sûrement. Signe ultime de la reconnaissance en marche : le projet de confier les rênes de L’Aire Libre au programmateur de Mythos est à l’étude. L’équipement de Saint- Jacques-de-la-Lande sera-t-il le phare de la région Bretagne, terre d’oralité et d’histoire par excellence ? La réponse dans quelques mois, mais, en attendant, Mythos continue de prendre les maximes évangéliques au pied de la lettre. Parfois même, au point de faire l’épître…
> JEAN -BAPTISTE GANDON
Du 4 au 9 avril, jardin du Thabor et autres lieux.
02 99 79 76 39, www.festival-mythos.com
MYTHOSET BOUCHE DÉCOUSUE
>Les grands noms de la chanson française (Jean-Louis Murat, Miossec, Daniel Darc, Cali, Julien Doré…) côtoieront une nouvelle fois les petits démons du conte, à l’image d’un Jérôme Rouger en slip (Inoffensif), ou d’un Mathieu Barrette nous proposant un trip sauvage (Truck stop, Histoires de départ). Réelle prise de risque confirmant une « farouche volonté de (se) faire plaisir », Mythos déroule le tapis rouge à Fabrice Murgia : deux spectacles et une performance, pour une inoubliable échappée belge aux frontières du théâtre et du conte. Cette édition 2012 laisse même une large place à l’improvisation et aux passagers de dernière minute : ainsi de la rencontre entre Kent et Yannick Jaulin, née à la faveur d’une répétition au Théâtre de la Parcheminerie. Les amateurs de nanotechnologies ne manqueront enfin sous aucun prétexte les Sept versions de Blanche-Neige racontées par sept nains. Reste à savoir qui, de Nicolas Bonneau, Yannick Jaulin, Pépito Matéo et consorts, endossera le rôle de Simplet !
Libéré sur parole ?
Condamné à vingt-deux ans de prison pour un double homicide, Jean-Marc Mahy a fait de sa cellule un trou de mémoire. Spectacle fort et fragile, Un homme debout nous donne à entendre la parole d’un ex-taulard pas encore totalement libéré de sa peine.
L’avantage avec le spectacle de Jean-Marc Mahy, c’est que Mythos n’aura pas besoin d’un plateau démesuré pour respecter la fiche technique d’Un homme debout. Un petit coup de gaffeur et voici les 9 m2 de sa cellule qui apparaissent comme par (dés)enchantement. Neuf mètres carrés, dans lesquels l’ancien meurtrier a commencé à tourner en rond, au crépuscule de son adolescence, pour n’en sortir qu’à 36 ans. Un concentré de vie et donc de vices, un concentré des maux de la société, avec aux premiers rangs la solitude et la loi du plus fort érigée en mode de gouvernement.
« Je ne suis pas comédien, mais je vais quand même vous raconter une histoire. » Ainsi commence Un homme debout, témoignage humble et pudique faisant pourtant l’effet d’un coup de poing en pleine figure. Jean-Pierre Mahy ne viendra pas non plus saluer le public à la fin, mais y lire du mépris serait une méprise. « Je ne demande pas que l’on me pardonne. Je paie le solde de ma dette. » Titulaire d’un diplôme d’éducateur, l’homme espère ardemment donner un sérieux coup de mou à cette image de gros durs collant aux pensionnaires du milieu carcéral et fascinant trop souvent une certaine frange de la jeunesse au bord de la rupture. Que reste-t-il de vingt ans de trou, alors ? Un témoignage à charge contre un milieu carcéral achevant de déshumaniser ce qui peut encore l’être ; à décharge pour cette vie multipliant les occasions de déraper. Et, au milieu, un homme cherchant à se libérer par la parole du fardeau de ses crimes.
> J.-B. G.
À SAVOIR
> Un homme debout Jeudi 5, 18 h, vendredi 6, 21 h, Théâtre de la Parcheminerie.
48 RENNES MÉTROPOLE MAGAZINE N° 7 - AVRIL 2012
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