beaucoup de la question, l’association Paroles Traverses joint également le geste à la parole. Au niveau de la formation d’abord, en réactivant le projet Icar (pour Itinérances contemporaines d’artistes raconteurs) laissé en jachère depuis 2007. « Concrètement, une douzaine de stagiaires issus de tous les horizons artistiques (chorégraphique, circassien, etc.) seront accueillis à partir de 2013 pour réfléchir et travailler sur les questions du récit. Le théâtre du conte reste à inventer. » L’édition 2012 de Mythos invite par ailleurs à découvrir les promesses de son premier Plateau national jeune création. L’année 2008 a également vu Paroles Traverses rejoindre Mondoral, un réseau fédérant de nombreuses structures amateurs et pros autour de l’équipe rennaise, du Conservatoire contemporain de littérature orale de Vendôme, du Centre des Arts du récit en Isère et de la Maison du conte de Chevilly-Larue. « La problématique actuelle du conte est la même que pour le mime, les arts du cirque ou la marionnette contemporaine hier. Ces disciplines existent aujourd’hui car elles ont obtenu la reconnaissance officielle du ministère. »
Pour l’heure, le festival Mythos joue le rôle de catalyseur de nos conteurs sans boussole. Au fil des éditions, les artistes se sont greffés sur la loco des mots, au point de former ce que Maël Le Goff appelle « la famille Mythos ». Achille Grimaud, Pépito Matéo, Sylvain Cebron de Lisle… Une vingtaine d’artistes que l’on retrouve pour la plupart dans le catalogue
De gauche à droite, Cécile Delhommeau, mansfield tya, achille grimaud et carlos Mosai, Frank Zerbib et Antoine Réjasse, chloé Lacan, mathieu barrette, Cie KF Association, La Magik !, Miossec, Gwen Aduh, 7 versions de Blanche Neige racontées par les 7 nains, titus.
NICOLAS BONEAU
CONTEUR NÉ
LE PORTRAIT
QUAND LE CONTEUR EST COMPTÉ
> Le monde ouvrier, mai 1968, les serials killers et, à venir, Ali, le big boss de la boxe… Plutôt que les contes de fée, Nicolas Bonneau puise dans la colonne des faits divers la substantifique moelle de ses créations. Comme son alter égal Yannick Jaulin, Nicolas Bonneau est originaire des Deux-Sèvres, connues pour être Le nombril du monde, le bien nommé festival basé à Pougne-Hérisson. Et, comme son alter égocentrique, le conteur a fini par s’installer à Rennes. De là à soulever des haltères, non, mais à enfiler des gants de boxe, oui. Quand il s’agit de peaufiner les spectacles présentés à Mythos ou ailleurs, Nicolas Bonneau ne fait pas, il est vrai, les choses à moitié. Pour Ali-Foreman, son prochain spectacle annoncé en 2013, l’artiste poids plume a même suivi le Rennais du Cercle Paul-Bert, Sébastien Cornu, pendant sa « très lourde » préparation aux championnats du monde. Un investissement total, « au point d’y laisser quelques côtes », d’ailleurs.
L’élégant de boxe se souvient de ses débuts. « Je viens du théâtre classique, mais je n’y étais pas heureux. J’avais envie de dire je, de prononcer mes propres mots. Finalement, j’ai découvert le monde du conte au Québec. » Très instructif et déjà productif, le round d’observation durera un an. Il faut attendre 2007 et Sortie d’usine pour que le conteur se révèle au public de Mythos. Autobiographique, car liée à l’histoire d’un père ouvrier, documentaire, lorsqu’elle évoque la situation économique du Poitou-Charente, cette création de haute manufacture permet aussi à Nicolas Bonneau de mettre à l’épreuve ses talents d’enquêteur. Des dons qui finiront par éclater au grand jour en 2011 dans Faits divers - À la recherche de Jacques B., brillant conte-enquête nous menant sur les pas ensanglantés d’un tueur en série ayant réellement existé. Une expérience traumatisante, de l’aveu même de l’intéressé : « J’ai mis plus de trois ans pour écrire le spectacle. Un sujet pesant, à la limite du supportable parfois. J’ai d’ailleurs revu le dernier quart d’heure, car le public riait beaucoup trop à mon goût. »
Habité par les sujets de ses spectacles, Nicolas Bonneau s’immerge aussi complètement dans sa nouvelle vi(ll)e : « Je trouve intéressant l’éparpillement des équipements culturels dans l’agglomération, la complémentarité de leurs couleurs de programmation. J’ai l’image d’une ville à la bonne dimension, d’un petit village avec les qualités d’une grande ville. » Reconnaissant « écrire des histoires pour faire parler les gens », l’homme déclare aussi « éprouver beaucoup de tendresse pour ses personnages ». Au point, parfois, d’en garder les séquelles…
> J.-B. G.
À SAVOIR
> Fait(s) divers – À la recherche de Jacques B., jeudi 5, 20 h, Pôle Sud, Chartres-de- Bretagne ;
Sept versions de Blanche neige racontées par sept nains, déambulation - récit pour adulte, samedi 7 et dimanche 8, 21 h, lundi 9, 18 h, jardin du Thabor.
N° 7 - AVRIL 2012 RENNES MÉTROPOLE MAGAZINE 47
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