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L’eau sous antibiotiques ?

> recherche Des médicaments dans l’eau ? à Rennes, des scientifiques se mobilisent. Bienvenue au Laboratoire d’étude et de recherche en environnement et santé (LERES)

Il a fallu attendre que les techniques d’analyse se perfectionnent pour que l’on puisse détecter les traces de médicaments présents dans les eaux brutes et de consommation courante. Le déclic remonte à une petite dizaine d’années. Installé au sein de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), le LERES a fait de cette nouvelle source de pollution sa spécialité.

De quoi parle-t-on exactement ? D’une famille de micropolluants dits « émergents », car non inscrits sur la liste des substances prioritaires soumises à des mesures de réduction. Les membres de cette famille sont des résidus de substances médi- camenteuses, anti-inflammatoires, antibiotiques, psychostimulants, analgésiques, anticancéreux, pilules contraceptives… Une véritable pharmacopée à l’état liquide, issue d’abord des armoires à pharmacie familiales par le truchement de nos toilettes et de nos besoins naturels. Loin devant l’hôpital, les cabinets vétérinaires ou les exploitations agricoles.

Des effets à surveiller

Les stations d’épuration retiennent 20 à 80 % des molécules incriminées. Les usines de traitement d’eau potable éliminent 60 à 80 % des traces résiduelles. Restent encore quelques nanogrammes par litre au robinet… Faut-il s’en inquiéter ? « Les concentrations relevées sont très faibles, de l’ordre de mille à un million de fois inférieures à la dose thérapeutique. Soit l’équivalent d’une goutte d’eau dans une piscine olympique, note Olivier Thomas, le directeur du LERES. La communauté scientifique et l’Organisation mondiale de la santé s’accordent à dire que le risque pour la santé humaine est infime. Mais il convient de rester vigilant sur les effets à long terme de ces polluants, en particulier quand ils se mélangent entre eux. » D’autant que les risques sur les écosystèmes sont avérés : les perturbateurs endocriniens ont pour effet de changer le sexe de certaines populations de poissons.

Les prélèvements réalisés dans les départements d’Ille-et-Vilaine et de Mayenne confirment le diagnostic national. « Environ 25 à 33 % des échantillons d’eau du robinet analysés contiennent au moins un polluant d’origine médicamenteuse, à dose très faible : de l’ibuprofène, de la caféine, de l’aspirine, des anxiolytiques, des produits iodés pour la radiothérapie… », énumère Olivier Thomas. Mais aucun point noir n’a été identifié dans l’agglomération rennaise.

Aujourd’hui, le laboratoire ne tire pas la sonnette d’alarme, mais appelle à la vigilance et au principe de précaution. Tout en regardant vers d’autres produits au profil sanitaire plus trouble : les actifs biocides utilisés dans les cosmétiques – pour stabiliser crèmes et savons – et les composés perfluorés (PFC) – pour leurs propriétés imperméabilisantes sur les textiles.

> OLIVIER BROVELLI

Pour Olivier Thomas, directeur du Leres : « Il convient de rester vigilant sur les effets à long terme de ces polluants. »



N° 7 - AVRIL 2012 RENNES MÉTROPOLE MAGAZINE 17