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CULTURES

Le béton et la carotte

Le Service régional d’archéologie veille avec tact à réconcilier Cro-Magnon, maires, promoteurs et aménageurs du territoire. « Sur une ligne à grande vitesse, on estime qu’il y a un site archéologique tous les kilomètres ! »

« Avec le couvent des Jacobins, les places Sainte-Anne et Saint-Germain, l’actualité archéologique de Rennes Métropole est pour le moins chargée », sourit Stéphane Deschamps. Mais, avant d’interroger cette souterraine métropole, le directeur du Service régional d’archéologie (SRA) a déjà fort à faire avec les nombreuses missions de son département sous tutelle ministérielle.

Le SRA doit d’abord conduire l’inventaire du patrimoine archéologique à l’échelle de la région, c’est-à-dire dessiner ce qu’on appelle la carte archéologique. » Cette dernière devra servir d’outil pour la recherche et aider à l’aménagement du territoire. « Un enjeu très fort aujourd’hui, dans la mesure où les ressources archéologiques ne sont pas renouvelables, mais aussi parce que la Bretagne surconsomme sa ruralité. » Chaque année, ce sont en effet 4 000 ha de terres qui partent en fumier...

Au final, le gros du travail de cette équipe de dix-huit personnes sera de savoir sensibiliser les décideurs politiques, notamment au moment de l’élaboration des documents stratégiques, tel que le Plan local d’urbanisme. S’il autorise la recherche programmée, le Service régional d’archéologie doit aujourd’hui faire face aux dévorantes missions de l’archéologie préventive et de l’aménagement du territoire. « Nous recensons 20 000 sites en Bretagne, et cela ne représente qu’une infime partie du patrimoine ! On considère aujourd’hui que, sur un tracé linéaire du type ligne à grande vitesse (LGV), il y a un site archéologique tous les kilomètres. Au final, le taux de diagnostic est positif à 95 %. » De la prescription des diagnostics aux fouilles, et des fouilles à la conservation des archives, le SRA agit donc comme une sorte de poil à gratter les strates successives de notre passé, mais aussi le cou des aménageurs. Irritant parfois, nécessaire toujours !

J.-B. G.

Ci-dessous, de gauche à droite : Stéphane Deschamps du SRA, Mario Denti du LAHM et Alain Priol du Cerapar.

A PACÉ, DES BÉNÉVOLES EN DESSOUS D’UN NID DE COUCOUS

Avec une association (le Cerapar) et un équipement (la Maison de l’archéologie), la commune de Pacé conjugue l’histoire avec le passé très lointain.

Quand on lui demande si, selon lui, le village d’Astérix et Obélix est un reflet fidèle de la réalité historique, Alain Priol est catégorique : « Certainement pas ! La structuration des campagnes bretonnes de l’époque nous donne au contraire à imaginer un réseau très développé, et finalement pas très éloigné du paysage d’aujourd’hui. »

Les mains dans les fouilles depuis 1977, le président du Centre de R echerches archéologiques du pays de R ennes sait de quoi il parle. Créé en 1987 et basé à la Maison de l’archéologie de Pacé, le Cerapar regroupe une centaine d’adhérents et démontre chaque jour que l’archéologie associative a toujours sa place.

« L’archéologie s’est progressivement structurée en équipes pluridisciplinaires. La prévention a fait son apparition, mais le bénévolat n’en demeure pas moins indispensable. » Son point fort ? « Notre équipe est constituée de gens aussi disponibles que motivés. Des retraités souvent, mais aussi des étudiants inscrits en master à l’université Rennes 2. »

Parmi les projets menés sur un champ d’opération couvrant grosso modo les deux tiers du département, les mégalithes de la lande de Cojoux à Saint-Just sont certainement le grand fait d’arme de l’association… Ce chantier (un an et demi de travail) a ni plus ni moins permis de remettre en lumière « un site complètement tombé dans l’oubli, et pourtant le plus important d’Ille-et-Vilaine après celui de la Roche aux Fées . » E n 2012, le Cerapar planchera sur l’ancien axe R ennes- Nantes, un thème archéologique d’une très grande actualité.



48 RENNES MÉTROPOLE MAGAZINE N° 6 - FÉVRIER 2012