20 ENTRETIEN

CONSTRUIRE LE VAL-DE-MARNE

« La crèche est plébiscitée par les familles »

Sylviane Giampino, psychanalyste, psychologue de la petite enfance

Les parents adoptent des modes de garde extérieurs à la famille. La création d’un véritable service public de la petite enfance se fait de plus en plus pressante. Rencontre avec Sylviane Giampino qui a participé, en juin, à l’assemblée plénière des conseils de crèches.

C’est la rentrée. De nombreux parents sont confrontés à la nécessité de faire garder leurs enfants qui ne sont pas en âge d’être scolarisés. L’offre de garde est-elle suffisante ?

Je sais que le Val-de-Marne fait un effort particulier mais il est clair que, sur le plan national, l’offre est loin de répondre aux besoins, et c’est particulièrement vrai pour les modes d’accueil collectifs. La crèche est plébiscitée par les familles, pourtant, les capacités nationales plafonnent depuis plus de vingt ans (un enfant accueilli sur dix). Des questions de budget sont évoquées, mais ce n’est pas une explication suffisante. Je pense qu’il y a une résistance d’un autre ordre : la difficulté psychologique à admettre qu’un enfant de moins de trois ans puisse s’épanouir et se développer dans un espace collectif non familial.

Est-ce l’idée qu’il vaut mieux que l’enfant fasse ses premiers pas dans la famille ?

Absolument. Au nom de ce principe, l’accueil du jeune enfant se devrait d’être para familial (parents ou grands-parents). Et quand ce n’est pas possible, plus ça ressemble à une famille, mieux c’est. D’où l’essor colossal, ces dernières années, de l’accueil individuel avec la multiplication des assistantes maternelles, l’encouragement aux systèmes de garde au domicile des parents. Or, un cadre familial ne suffit pas à garantir que l’on s’occupe bien d’un tout-petit.

Y a-t-il des différences entre les modes de garde ?

Oui, mais l’épanouissement d’un jeune enfant peut se faire tout autant qu’il reste dans sa propre famille, ou qu’il soit dans un mode d’accueil individuel ou collectif. Il n’y a pas une formule meilleure qu’une autre en soi. Elle doit correspondre à la sensibilité de la famille, à son projet de vie.

Les parents recourent massivement à des modes de garde extérieurs. Est-ce la marque d’une démission de la famille ?

Non. Confier son enfant est un acte de responsabilité. Être au contact de professionnels de la petite enfance et des autres parents permet d’apprendre sur la fonction parentale. C’est donner aux parents l’occasion d’être écoutés lorsqu’ils rencontrent des difficultés. Le fait d’être parent devant des personnes extérieures à la famille met en jeu d’autres ressorts de relation avec l’enfant. La socialisation des enfants porte en elle la possible ouverture des familles.

Ne manque-t-il pas une instance dans ce paysage : un vrai service public de la petite enfance ?

Les premières années de la vie sont fondatrices pour le développement ultérieur de l’enfant, pourtant, malgré les discours, il n’y a toujours pas de véritable politique de l’enfance. Je milite pour la création d’une instance

Exerce depuis plus de vingt-cinq ans dans des services pour la petite enfance.

1986 : fondatrice de l’Association nationale des psychologues pour la petite enfance (ANAPSYPE).

2007 : auteur de Les mères qui travaillent sont-elles coupables ? (Albin Michel, nouvelle édition).