Produits de la mer - n°113 - février-mars 2009 - (Page 82) f RÉGION ❘ Rungis ❘ Impossible de confondre, c’est du sauvage de première fraîcheur et l’arrivage est important. Fait de plus en plus rare, face à la croissance des apports de bar et de dorade d’élevage grec ou turc. Hier réticents sur ces origines, les poissonneries en prennent volontiers aujourd’hui. « Le poisson d’élevage français devient trop cher » explique Jérôme Regnault. Confiant malgré la crise, Gilles et Cie a récupéré, comme ses confrères, une partie de la clientèle des frères Dacquet dont l’activité de mandataire a été liquidée en 2008. Ambiance sereine également chez J’Océane (lire page 86) où l’efficacité n’exclut pas la chaleur de l’accueil. Il reste une trentaine de grossistes actifs sous le pavillon de la ma- rée et dans ses environs immédiats. Mais à côté des structures familiales, les deux ténors, Atlantis et Demarne, réalisent 60 % du chiffre d’affaires du A4. Difficile de faire son trou quand on vient de l’extérieur, ici, les entreprises se cèdent en interne par le rachat d’un opérateur de la place ou par la reprise d’un salarié d’expérience. Indispensable expérience vu la rapidité des échanges sous le pavillon. L’erreur ne pardonne guère. Alain Cornou, aujourd’hui responsable d’Ela Food France (lire page 92) mais qui a travaillé longtemps à la marée à Rungis, craint des difficultés chez les grossistes : « on va assister à de nouvelles concentrations liées à la crise ». «C’est dur » confirme Gilles Billen, responsable du poisson au sein de l’entreprise familiale éponyme, « l’activité a baissé de 10 % depuis janvier 2008 et on a dû licencier 4 personnes. » Billen qui réalise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, a pourtant diversifié avec le filetage (société Romigimer) et la restauration (le Monde du Poisson). Autre difficulté souvent évoquée : le besoin de trésorerie, surtout quand les lignes de crédits sont plus délicates à obtenir. Les prémices de reprise espérée par la Semmaris (1) l’an dernier risquent fort de s’évaporer. En légère baisse en 2007, les arrivages sous le A4 devaient atteindre un palier autour de 65 000 t. Mais la dégradation du marché observée par les mareyeurs depuis la grève dans les ports l’an dernier, s’est confirmée cet automne chez la plupart des fournisseurs britanniques et scandinaves. L’impact est immédiat sous le pavillon de la marée, au moins sur les produits de la pêche. D’autant que les arrivages de poissons sauvages tropicaux ont souffert de la hausse du fret aérien. L’augmentation des produits d’aquaculture confirmée chaque année par le service des nouvelles du marché (SNM) compensera peut-être l’érosion. (1) Société d’économie mixte chargée de gérer Rungis. Casquette rouge vissée sur la tête, Jérôme Régnault symbolise la nouvelle génération des grossistes du A4. LE POISSON GOURMAND EN MAIN-D’ŒUVRE C LE GÉANT ATLANTYS u A4 la nuit, impossible de manquer l’enseigne d’Atlantys, le groupe construit à partir de la maison Reynaud est le plus « gros poisson » de Rungis : 42 000 t de marée distribuée dans l’année, 20 t de produits filetés chaque jour, plus de 300 salariés, une flotte de 60 camions… Le portefeuille d’activités et de clients du groupe s’appuie sur quantité de filiales spécialisées dans l’activité de gros en provenance des criées françaises et à l’import (Reynaud ETS), dans le mareyage (Clark Fish à Boulogne-sur- D Mer), la découpe (Épicure distribution - filetage service), l’import par avion (JFC Rungis), le courtage (PRG), les crustacés vivants (PRM), l’approvisionnement des poissonniers franciliens, des GMS et l’export (PRF), l’approvisionnement des restaurants (Reynaud Prestige, Vanikoff PRR, Paris Reynaud Sushi). Fort de quoi, le groupe annonce un chiffre d’affaires global de 237 millions d’euros. Ce qui le place au 4e rang des entreprises françaises de produits de la mer derrière Fleury Michon Traiteur, Labeyrie et Saupiquet. omparée aux fruits et légumes (9 salariés par entreprise), la marée en gros et la viande nécessitent plus de main-d’œuvre (en moyenne 17 salariés). Clément Gilles, président d’Agromer, l’assemblée des grossistes du A4, estime à 65 % la part des charges de personnel dans les coûts totaux des occupants du pavillon de la marée, contre 10 à 15 % pour les loyers et charges locatives. L’offre croissante de services aux clients : filetage, découpes à façon, préparation de commandes, livraisons, est gourmande en travail. La plupart des opérateurs ont suivi le boom de la restauration japonaise pour créer un service spécifique, à l’image de Paris Reynaud Sushi (Atlantys) ou du Royaume du Sushi (Royaume des Mers). 82 PRODUITS DE LA MER N°113 FÉVRIER-MARS 2009 Lionel Flageul
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